Chapitre II Comment Coquebin découvrit la guerre en Syrakie et ce qu’il advint de lui

Coquebin ayant fui le palais qui avait volé en éclats, découvrit ce qui lui sembla être un champ de bataille. Jamais il n’avait vu de personnes ainsi vêtues. Pour Coquebin tout cela était nouveau. Les armes que quelques héros portaient l’enthousiasmèrent. Plus loin, il ne comprit pas pourquoi certaines femmes étaient ensevelies dans la terre, et il pensa que tout cela était un jeu curieux. Quand il vit des hommes au visage voilé, lancer à ces mêmes femmes des cailloux, il se dit que cela devait laisser quelques égratignures tout de même.

Plus loin encore, il fut étonné de voir des hommes à la peau immaculée comme les nappes en dentelle de son palais. Ils parlaient très fort vers de grosses boites noires. Il poursuivit son chemin à travers les corps mutilés, les animaux écartelés. Des cadavres étaient recouverts par le sable, mais une odeur pestilentielle continuait de s’évaporer dans l’air ambiant. Coquebin eut même un haut-le-cœur. Des cris d’agonie lui parvenaient aux oreilles, et il se demanda ce que son précepteur en aurait pensé. Il continua d’avancer et remarqua qu’un jeu curieux se déroulait au niveau du sol. Les joueurs semblaient devoir se frayer un chemin, mais tour à tour ils explosaient tant et si bien que leurs corps démantelés volaient en tous sens. Coquebin passa pourtant avec facilité. Des têtes volaient autour de lui et il dut souvent se baisser pour ne pas se faire assommer.

Il rencontra un misérable qui se traînait comme si tous les malheurs du monde pesaient sur ses épaules :

« – Quel est ton nom ? Demanda Coquebin

– Chewki Mezbollah. Toi, tu n’as pas l’allure d’un soldat. Pourquoi te promènes-tu dans le jardin de l’enfer ?

– On m’a chassé de mon merveilleux palais et maintenant je me retrouve ici, au cœur de toute cette agitation. »

Chewki et Coquebin, tentant d’échapper aux balles, marchèrent quelques minutes. Ils rencontrèrent des hommes, armés jusqu’aux dents qui parlaient très fort. Après avoir été enchainés ensemble, Coquebin et son nouvel ami furent conduits dans un camp où des punitions étaient distribuées en cadence sur le refrain «  Vive Chabar Adass ! »

Des cadavres étaient suspendus à des chaines métalliques comme un avertissement macabre. Ils croisèrent un homme sur une chaise, inerte, la tête penchée, le regard vide car il n’avait en effet plus ce qu’il fallait pour voir. Il se demanda pourquoi cet aveugle dormait ainsi sur une chaise. Une brute attrapa et entraina Chewki vers une pièce obscure. Coquebin se rassura alors en se rappelant la bonne logique de Damascios et se convainquit que le sort fait à Chewki participait nécessairement au Bien Général.

Coquebin fut à son tour jeté dans un cachot. Il aperçut un borgne unijambiste à qui il ne restait qu’une moitié de bras. Il s’approcha de lui et demanda quelle était la raison de tout ce capharnaüm :

– Vous êtes ici en Syrakie, pays qui à mon avis, remporte le prix de la plus belle guerre civile au monde.

Coquebin qui ne perçut pas l’ironie du propos, s’en réjouit, rassuré de constater que les scènes effroyables auxquelles il venait d’assister permettaient à son pays de remporter un record. De toute façon, tout était pour le mieux, y compris le pire comme l’expliquait Damascios.

– En effet, les armes ont été fabriquées pour tuer ; il est donc bon qu’il y ait des guerres, remarqua Coquebin, digne héritier de son père.

La porte s’ouvrit dans un grand fracas et on le traina au sous-sol, sans même qu’il puisse trouver l’occasion de dire qui il était. On lui plongea la tête dans un bassin pour le rafraichir. Il suffoqua quelques minutes avant de refaire surface : on répéta l’opération si vite qu’il ne put reprendre son souffle. Il trouva tout de même que c’était là une drôle de façon d’hydrater les prisonniers. On le jeta dans une fosse avec d’autres compagnons ayant subi le même sort.

A l’aube, il rampa hors de cet endroit, où il avait commencé à prendre conscience de la cruauté des hommes. Il médita sur ce qu’il venait d’endurer et conclut que Damascios et son père n’avaient certainement pas eu l’occasion de lui présenter toutes les facettes du meilleur des mondes. « Les hommes de Syrakie n’ont pas l’air de beaucoup s’aimer et cela crée un joyeux bazar. Il faudra que j’en discute avec mon précepteur » pensa-t-il avec résolution.

(Chapitre écrit par Alexandra, Fiona, Henri et Pierre)

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