Chapitre XI Comment Coquebin trouva le bonheur

Coquebin pleurait sur les ruines des maisons dévastées se lamentant sur le malheur du monde. « Meilleur des mondes où es-tu? Comment tout cela peut-il se dérouler aussi tristement ? Oh mon maître, le plus grand des philosophes, comment pouvez-vous soutenir vos théories dans cet enfer?  » Et il restait là, apathique, à contempler le désastre autour de lui. Un homme traînant des pieds au milieu des décombres, et pleurant à chaudes larmes, passa près de lui. Coquebin l’interpella et lui demanda ce qui s’était passé dans ce pays. Le misérable lui expliqua qu’un tremblement de terre avait ravagé l’intérieur du pays déclenchant une vague géante meurtrière qui finit de réduire en ruines tout ce qui restait.

De son côté, Damascios continuait à discourir :  » Tout est fait pour le mieux car cette catastrophe nous permettra de reconstruire une ville toute neuve qui sombrait dans la misère ! C’est le début d’une evolution !  » Balthazar répondit :  » Mais oui, quelle joie, sacrifier des milliers de vies pour vivre à nouveau dans une ville décente ! Qui donc pourra en profiter ? C’est si beau une ville sans habitant !  »

Depuis quelques instants, Coquebin, occupé à identifier le son qui parvenait à ses Oreilles, n’écoutait plus ses deux compagnons,. Quelque part, dans une des rues voisines, le grelot du rire angélique d’un enfant retentissait. Il réalisa que le Bonheur était possible malgré les difficultés. L’empathie le submergea. Il eut soudain envie d’épargner aux futures générations les misères qu’il avait endurées, mais il ne savait pas encore comment contribuer à leur bonheur. Il aimait croire que lui-même le trouverait dans une bonne action, qui donnerait un sens à son existence.  » Tout n’est pas perdu” fit Coquebin “il y a toujours des personnes à secourir. Tiens, justement allons voir cet homme abattu qui traverse la route accompagné des ces deux femmes, peu gâtées par la nature. » En effet, un homme à la mine piteuse s’avançait vers eux en traînant des pieds et portant un lourd sac à la main. Il se présenta à eux et leur apprit qu’il était le médecin Crimal, et qu’il était là pour soigner les habitants gravement touchés par la catastrophe. Il proposa à Coquebin de l’accompagner pour soutenir une jeune mourante dans ses derniers instants, car il n’avait pas le temps de s’en occuper. Coquebin, tout pris dans sa nouvelle résolution, accepta. Ils marchèrent résolument jusqu’à l’endroit où la pauvresse était étendue, agonisant sur les restes de sa maison. Une des deux femmes, qui étaient en réalité des infirmières, se précipita sur elle pour lui tenir la main.  » Mais êtes-vous certain qu’il n’y a plus d’espoir ? »  demanda Coquebin à l’infirmière. Cette dernière acquiesça et releva la tête, lorsque son regard croisa celui de Coquebin. Une multitude d’émotions défila sur son visage: stupeur, joie, tristesse et enfin effarement. La jeune femme versa des larmes et sauta à son cou. Coquebin effrayé recula.  » Hélas! fit la misérable, ne reconnaissez-vous plus votre chère Ingenua ? » « Qu’entends-je? Vous? Mais que faites-vous ici alors que je vous pensais perdue à jamais après ce crash aérien où vous échappâtes à ma vue ? Contez-moi donc toutes vos aventures ma chère ! » Coquebin était horrifié que cette femme qui fut autrefois si belle puisse être devenue aussi laide. Elle se mit à raconter ce qui lui était arrivé. « Lorsque je vous perdis de vue lors de ce crash, je me suis décidée à nager jusqu’à l’ île que l’on apercevait au loin. Il s’y trouvait ce médecin qui, pris de pitié, décida de me prendre sous sa protection. Grâce à sa bonté, je devins infirmière. Il me fit goûter au bonheur, ce qui causa ma perte car j’attrapai une maladie.  Une maladie rare mais extrêmement contagieuse dans certaines conditions. Et ces conditions furent remplies, me faisant sombrer doucement dans l’enfer dans lequel vous me voyez. Toute ma beauté disparut, emportant ma fraîcheur et ma jeunesse. Il n’existe qu’un seul médicament efficace au monde et il est présent ici, en Haïti. Lorsque la catastrophe eut lieu, laissant les populations sans moyen et sans avenir, le docteur décida de s’y rendre afin de soigner les malheureux haïtiens. Dans sa grande bonté, une fois de plus, il me permit de l’accompagner afin que je puisse bénéficier de ce traitement miracle. Nous l’avons trouvé et je fus guérie aussitôt mais laissée dans un état lamentable. N’ayant pas d’autre solution, j’ai décidé de rester avec le docteur dans ses visites et c’est ainsi mon cher que je vous ai retrouvé. »

Que de malheurs! Coquebin pleurait doucement pour sa bien-aimée qui fut si cruellement punie pour avoir aidé d’autres malheureux. Mais il ne pouvait s’empêcher d’être rebuté devant tant de laideur. Il lui proposa, à contrecoeur mais sans le montrer, de l’accompagner. Ensemble, ils rejoignirent leurs compagnons et des effusions de joie retentirent. Chacun parlait, y allant de ses histoires et de ses aventures, coupant et s’entrecoupant la parole. « Et bien mon cher Coquebin, ne pensez-vous pas maintenant que tout est fait pour le mieux? l’interrogea son maître tout en l’entraînant à part, que tout est bien qui finit bien? » « Hélas je ne puis penser cela, cette femme est devenue si laide, toutes ces personnes ont vécu tellement d’horreurs que jamais elles ne s’effaceront de leur coeur et elles sont condamnées à les ruminer jusqu’à la fin. »

Coquebin au fond de son coeur n’avait aucune envie d’épouser Indgenua. Mais c’était la chose à laquelle il avait aspiré toute sa vie, et tous ces moments auraient été inutiles s’il ne la prenait pas maintenant pour épouse. Coquebin demanda donc la main d’Indgenua, qui accepta, et la cérémonie fut décidée pour la semaine suivante. Seulement, le Docteur Crimal ne l’entendait pas de cette oreille. Indgenua lui appartenait, quand même bien elle n’était absolument plus désirable. Il avait bien vu que Coquebin n’avait pas saisi toute l’histoire, surtout à propos de cette affreuse maladie, et le médecin décida donc de lui raconter les conditions dans lesquelles elle l’avait attrapée. Tout le monde comprit ses intentions et on décida de se débarrasser de ce docteur encombrant en le lançant à la mer au moment où passait un bateau en route pour l’Europe.

Le mariage se fit et chacun s’installa dans une grande maison commune. L’ambiance était morne. Le temps était long. Chacun se traînait lamentablement dans les rues, ne sachant comment s’occuper, ni se satisfaire. Les regrets et la tristesse hantaient les lieux. La solitude et le désespoir attaquaient chacun jour et nuit. Chaque jour, Balthazar et Damascios débattaient sur telle ou telle chose avec lassitude. N’étant jamais d’accord, ces moments pouvaient durer de longues heures.

Un matin, Coquebin les rejoignit tandis qu’ils ressassaient leur sujet préféré, le Bien et le Mal. Comme à son habitude, Damascios soutenait que la vie était pour le mieux et Balthazar pensait que le malheur était le coeur même de nos existences. Comme de vielles pies, ils ne pouvaient s’arrêter. Lassé, Coquebin les stoppa. « Arrêtez! Tous ces bavardages ne riment à rien ! A quoi cela sert-il de discourir en vain pour être heureux ? N’est-il pas plus pertinent d’agir pour tenter de l’être ?”

– Vos théories sont bien belles mon cher mais sans idée, comment pouvons-nous être  heureux ? – Tout simplement en accomplissant les choses qui donnent du sens à la vie. Aider ces pauvres gens qui souffrent m’a rendu plus heureux que je ne l’ai jamais été, et je compte bien continuer ainsi le reste de ma vie. Allons ! Aspirons au bonheur commun en cultivant celui de chacun. »

(Chapitre écrit par Idris, Lili, Noémie, Tom)

 

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