Chapitre X Comment Coquebin découvrit « la Perle des Antilles »

Coquebin arriva en compagnie de Balthazar et Damascios en vue de la Côte d’Haïti. Une immense fumée surplombait toute l’île d’apparence pourtant magnifique. Cette fumée était d’une noirceur splendide tel un diamant noir. Elle se réfléchissait sur l’océan souillé par de luxueux déchets. Le paquebot sur lequel les trois acolytes avaient voyagé eut la capacité surprenante, tel un sous-marin, d’être submergé très rapidement. Coquebin et ses compagnons eurent donc le droit à un bain de bienvenue. La bague confiée par l’esclave finit malheureusement sa vie au fond du Pacifique …

En arrivant sur la plage, les trois hommes constatèrent une faible anomalie, les habitants avaient dû réorganiser le territoire car tous les bâtiments étaient maintenant à même le sol. Ils n’avaient évidement pas le prestige du palace de Syrakie car ils ne contenaient ni portes ni fenêtres. De même, leurs habitants avaient dû adopter une autre coutume, car ils dormaient à la belle étoile, même s’ils ne voyaient rien à travers la fumée dense. On percevait au loin une grande déchetterie composée de corps humains inertes, sûrement une autre coutume de ce pays.

Les trois voyageurs se dirigèrent vers l’intérieur des terres, marchant entre les ruines de maisons, d’appartements et d’habitants. Au bout de plusieurs minutes de marche dans ce paysage monotone, ils rencontrèrent un corps, qui, contrairement aux autres, était encore entier et se traînait dans la boue. Le voyant en train de se noyer, Coquebin et ses amis l’en sortirent. Miraculeusement il était vivant. C’était un petit corps, noir de peau, sûrement celui d’un jeune adolescent, souillé par la terre. Il ne portait que peu d’habits, et paraissait maigre et exténué. Lorsqu’il eut repris ses esprits, les trois hommes le questionnèrent:

 » Qui es-tu? Où sont tes parents? Et que faisais-tu dans cette mare de boue? demanda Coquebin.

– Je m’appelle Kery, j’ai treize ans et je suis né dans la maison qui est ici. » Le jeune homme pointa du doigt un gros amas de débris.  » Mes parents sont sous ma maison, mais ils ne répondent pas à mes appels et je ne suis pas assez fort pour soulever les débris, répondit-il. Je suis tombé dans cette mare de boue en trébuchant malencontreusement.

– Tes parents doivent être morts, répondit Balthazar.

– Ne dis pas cela ! s’offusqua Coquebin, ils ont peut-être perdu leur langue, ou bien ils ont une pierre dans la bouche. Pourquoi seraient-ils forcément morts?

– J’espère également que vous avez raison, monsieur … Comment vous appelez-vous ?

– Je me prénomme Coquebin, et voici Damascios et Balthazar, mes compagnons de voyage.

– Vous n’êtes pas d’ici à ce que je vois, dit Kery. C’est la deuxième fois que je vois une personne de votre couleur de peau, réfléchit à haute voix le jeune métis. Que venez-vous faire dans ce pays? Venez-vous nous aider?

– Nous devions ramener un objet à quelqu’un, mais il est maintenant au fond de l’océan … soupira Coquebin

– Cette personne dont tu nous parles et qui a la même couleur de peau que nous, que faisait-elle ici ? Venait-elle admirer la vue? demanda Damascios.

– Je ne pus lui demander car nous nous perdîmes de vue lorsque le sol se mit à trembler. Je suis alors tombé sur la tête, et ce fut le vide total. Je ne connais que son nom, car il est rare que des personnes comme elle viennent dans notre pays.

– Quel est son nom? s’enquit Coquebin.

– Il sonnait un peu comme « Ingénieur » Non ce n’est pas ça… Non il sonnait comme « Ingénue » ! Voila Ingénue ou quelque chose comme cela.

– Ingénua ! s’écria Coquebin. Où est-elle? Quand était-ce? Comment allait-elle? Vous a-t-elle parlé de moi ?

– Je ne me souviens plus ! C’était il y a environ trois jours, et elle doit toujours être dans la ville, je pense, car il n’y a plus de moyen de transport.

– Nous te remercions beaucoup, conclut Balthazar.

– Mais, vous ne m’aiderez donc pas?

– Bien sûr que si, que veux-tu que l’on fasse ?

– Pouvez-vous m’aider à dégager les débris ? »

Tous s’attelèrent donc à cette tâche longue et fatigante. Au bout d’une heure de travail harassant, deux corps écrasés apparurent sous les débris, malheureusement sans aucun signe de vie.

 » Oh non ! pleura Kery, se jetant dans les bras de Coquebin.

– Mon pauvre enfant « , s’attrista Coquebin, très ému.

Les trois acolytes, très attristés par le sort du jeune adolescent, décidèrent de le laisser afin de retrouver Ingénua. Les adieux se firent avec des larmes, et le petit groupe partit à contre-coeur. Ils se dirigèrent dans la direction opposée à la mer,  avec rancoeur, car son reflet, sa brillance, sa couleur, apaisaient les esprits des trois hommes. Le soleil radieux envoyait des filaments de lumière se réfléchissant sur la mer et éblouissant Coquebin qui croyait, de temps à autres, apercevoir sa bien-aimée. Leur épuisement face à la chaleur leur joua de mauvais tours : ils trébuchèrent à plusieurs reprises sur des débris, des racines ou autres objets non identifiables. Le vieux Damascios tomba même sur une pierre aussi dure que la douleur qui habitait le jeune orphelin Kery.  A cause de cela, Coquebin et Balthazar durent supporter son poids. Au bout d’une heure de marche, les trois compagnons se rendirent compte rapidement qu’ils étaient perdus. Tout autour d’eux semblait mort, détruit ou déserté. Damascios se posa sur un reste de maison, face au soleil et contempla l’océan au loin.

 

« Comment peux-tu te reposer et être si calme ! Nous sommes perdus dans une ville détruite, et toi, tu t’assois sûrement sur le cadavre enfoui de Ingénua ! s’exclama Balthazar.

– C’est peut-être la dernière fois que nous observons un si beau coucher de soleil, profitons-en ! fit remarquer Damascios.

– C’est la fin, on ne reverra plus jamais Ingénua et nous allons mourir de faim. » dit Balthazar.

Coquebin sentait alors le monde s’effondrer sous ses pieds. Pourquoi tout était triste et si dur ? Pourquoi était-il nécessaire de souffrir ? Quel était donc ce meilleur des mondes possibles ?

(Chapitre écrit par Rémi et Vincent)

 

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